Rechercher

S'OBSERVER



C’est l’histoire d’un va et vient, d’un mouvement qu’on ne peut arrêter, utile, nécessaire.

Un aller puis un retour, de l’autre vers soi, de soi vers l’autre. Mais dont le but est toujours, de revenir à soi.

Ces vagues sont des voyages qui jalonnent nos vies, permettent de faire un état des lieux, comme une boussole, pour savoir où nous en sommes.

Ce sont des voyages, qui nous ramènent au centre de nous-même.

Comme un boomerang, celle-ci je l’ai prise en pleine figure.

Tout est parti d’une phrase, attrapée au détour d’une conversation, à la volée, dans le métro. Une petite phrase toute simple qui résonne encore en moi aujourd’hui et sur laquelle je médite depuis.

« Même ceux qui paraissent aller bien, au fond, ont aussi leurs problématiques et leurs souffrances, c’est juste qu’ils ne le montrent pas ». C’était surement plus justement dit, car dans un contexte approprié, mais voilà ce qui m’est resté.

Ce petit bout de phrase anodin qui ne paye pas de mine, je l’ai pris comme s’il m’était destiné.

BIM BAM BOUM… Le mouvement s’enclenche, et la relfexion commence.


Il y a d’abord eu le « va ».

Il est toujours plus facile de commencer par l’autre. On ne sait jamais d’ailleurs ce que cet aller impliquera pour le retour, on se lance dans l’insouciance de la découverte, grisé par une curiosité enfantine.

C'est comme si je comprenais enfin un tableau dont j'ignorais jusqu'alors la légende. J'ajustais mon regard, je voyais vrai.

J'observais avec attention ces visages masqués et me demandais ce qu'ils pouvaient bien dissimuler, quels rôles ils permettaient à toutes ces personnes d'embrasser. Ces autres que moi qui se travestissent pour ne rien laisser paraître.

Compassion, à les imaginer nus comme des vers, sans tous ces apparats qui cachaient leur véritable identité. Bas les masques, plus de simulacres ! Je comprenais la nécessité de ce déguisement, permettant de se défendre face à la peur du regard de l'autre, la peur d'être juger, la peur de briller, d'incarner qui ils sont vraiment.

J’ai alors essayé de visualiser un monde où nous vivrions sans masques toute la journée, et je me suis rendue compte à quel point il était difficile de l’imaginer. Pourquoi ça ? Pourquoi était-il absolument nécessaire qu’il faille venir déguisé à cette fête à laquelle nous avions à peine été conviés ? J’ai tenté de m’expliquer le pourquoi, de comprendre la peur, les croyances, les illusions. Je n’ai fait qu’effleurer la souffrance des uns, des autres, de nous, qui nous débattons avec ce miroir que nous ne voulons inverser par peur de ce qu’on va y trouver. Peur de ce que pensera l’autre, surement, mais surtout peur de ce que nous verrons de nous-mêmes.

Dans cet essai de compréhension qui me donnait l’illusion de me rapprocher d’eux, je m’apercevais que c’est vers moi que je m’acheminais lentement.


Il y eu inévitablement le retour, vers soi...

Oui doucement, je suis revenue à moi, à mes jugements, mes attentes, mon incompréhension.

Lentement, je me suis observée. Je me suis vue jeter sur les autres ce regard sans pitié, si dur, qui ne laisse pas de place à la compassion. J’ai reconnu qu’il pouvait m’arriver de les penser fainéants ou bien lâches ; fautifs en tout cas de ne pas essayer de creuser dans leur profondeur, je les condamnais sans allégement de peine.

Mais qui étais-je pour poser ce regard si sévère? De quelles expériences, connaissances, je me prévalais pour les jauger ainsi ?

La compassion éprouvée pour les autres me permit d’exprimer du même coup de la compassion pour moi même, et de comprendre par ce retour que ce n’était pas tant moi qui jugeais les autres, mais plutôt moi qui me jugeais extrêmement sévèrement.

Oui, il était temps de me rappeler que j’étais comme « eux », comme tout le monde, à me débattre corps et âme pour mettre un peu de lumière dans ce tunnel, à la recherche de la moindre étincelle, en quête de qui je suis vraiment.

Je ne suis pas meilleure ou moins bien qu’un autre, j’entreprends un travail de fouille afin de déterrer ce qui a été bien trop longtemps oublié, ignoré et ce travail de titan pourra durer des années. Comme les autres je souffre en silence, et maquille mes larmes pour ne pas dévoiler mon âme. Pourquoi avoir si peur de qui on est vraiment ? Pourquoi être si attaché à cette souffrance par laquelle nous aimons nous définir ?

La compassion pour les autres, pour moi-même, me conduit indubitablement à l’humilité qu’impose une telle quête.


Qui a dit que ce serait facile ? Cette exigence de vérité que nous nous imposons, ce désir si fort de percevoir au-delà de l'illusion, ne nous permet pas de bien comprendre l’enjeu. Car il ne suffit pas trop d’une vie pour venir à bout de ces faux-semblants qui encombrent notre chemin vers nous-mêmes. Nous ne parviendrons jamais complètement à nous débarrasser de toutes ces peurs et de ces croyances, à moins de porter sur elles un regard nouveau. Elles sont nos masques, elles sont superflues, et pour nous en libérer il est nécessaire d'accepter de les voir telles quelles sont, une raison de ne pas nous dévoiler.

Si nos peurs, nos croyances, nos illusions nous arrivaient en pleine figure comme une vague puissante qu'on ne peut arrêter, la seule manière d'y réchapper serait d'y faire face, de nous laisser submerger, engloutir, pour s'apercevoir enfin quelles ne peuvent finalement rien contre nous. Elles nous traverserons sans nous affecter, car elles ne sont finalement qu'illusions.


***

La levée du voile, chacun y aspire au fond.

Que nous faudrait-il pour permettre cette révélation ?

Il nous faudrait beaucoup du courage, car se mettre à nu est une épreuve, surtout quand tous paraissent ne pas vouloir se démasquer.

Parsemé de compassion, pour les rechutes, les échecs, les ratés.

Agrémenté d’une grosse part d’humilité, car nous ne sommes pas encore des Dieux, et qu’il est important de se souvenir que chacun chemine à son rythme.

Sans oublier l’humour, qui nous permettra de toujours garder en tête que tout ceci n’est qu’un jeu dont nous devons apprendre les règles sans trop nous prendre au sérieux.

Enfin, n’oublions pas la patience, car comme toute réalisation, il est nécessaire de laisser reposer…

12 vues

© 2023 par SUR LA ROUTE. Créé avec Wix.com

    This site was designed with the
    .com
    website builder. Create your website today.
    Start Now